jeudi 16 mai 2013

J22, 15 mai 2013, 19H30 GMT. Pour mes 39 ans.


Vent: SE force 5 ; Cap: 255° ;  Vit.: 6 nds ; Allure: GRAND LARGUE sous génois seul.

Hier, alors que je me laissais petit à petit tomber dans la déprime et l’exaspération de ce roulis, à me demander ce que je foutais là tout seul en plein milieu de l’océan…
J’entendis de ma couchette, comme des grincements, des couinements suivis comme par des claquements de langue….
Et là j’ai compris que c’était les dauphins qui étaient venu à ma rescousse!
Voilà plus de dix jours que je n’ai vu aucune forme de vie, à part quelques rares oiseaux dans le ciel et le poisson que je pêche…
Et là comme par miracle, je sors dans le cockpit et je vois une dizaine de dauphins nager de chaque bord de Yapa!
J’ai du mal à exprimer le bonheur que l’on ressent dans ces moments-là, à part vous dire que j’en ai eu les larmes aux yeux.
Ces dauphins étaient différents de tous ceux que j’ai pu voir jusqu’à aujourd’hui.
Beaucoup plus grands, noir et avec une tête arrondie, le plus petit devait faire au moins 2,5 mètres de longueur et le plus grand, plus de 4 mètres!
Ils m’ont accompagné pendant plus d’une demi-heure, nageant et jouant le long de la coque.
C’est dans ces moments-là qu’on se sent béni par les dieux. Merci !
Voilà qui m’a redonné de l'énergie!

Je suis redescendu et je me suis attelé à la tâche, il fallait que je répare ce four.
Ça ne m’a finalement demandé qu’une demi-heure de boulot!
Mes pains étaient déjà bien levés.
J’ai fait chauffer le four et je les ai mis à cuire.
Une heure après, tout le bateau embaumait l’odeur du pain chaud.
Je crois que je ne connais aucune odeur plus douce à mes narines.
Mes pains étaient parfaitement réussis, croustillants à l’extérieur et moelleux à l’intérieur…
 
Pendant la nuit, mon vœu a été exaucé et le vent est revenu.
Le régulateur d’allure ne fait plus que des écarts de + /-2°.
Depuis, le bateau est plus stable et avec un petit force 5 je navigue à plus de 6 nœuds.
Je suis heureux.

Aujourd’hui, pour mon 39ème anniversaire, je vais me faire un festin!
Au menu, des gésiers de canard confits avec des patates sautées, accompagné de mon bon pain et d’une bouteille de rouge, un Gevrey-Chambertin 1998, un cadeau du grand père de Clarisse, que je garde précieusement depuis plus d’un an dans mes fonds de cale.
C’est un drôle d’anniversaire, tout seul au milieu du Pacifique, loin de mes amis, loin de ma famille et pourtant je suis heureux.

Hier, Clarisse m’a fait part d’une des réflexions de Marwan qui est venue compléter mon bonheur: 
Mamie a planté des fleurs dans une jardinière la veille et Marwan a dit:
' Les fleurs de Mamie grandissent doucement comme petit bébé dans ventre'.

À demain!






 
J23 16 Mai 2013 20H30 GMT
 
Vent:SE force 5-6  Cap: 255°  Vit.: 6,5 nds  Allure: GRAND LARGUE sous génois seul.

J'ai passé un très bonne anniversaire en compagnie de moi-même.

je dois dire que ce n'est pas tous les jours facile de me côtoyer comme ça sans cesse,

mais je commence à bien m'apprécier.

Il est vrai que j'ai un peu de mal à supporter ma grossièreté et mon tempérament de cochon parfois.

Mais bon, à part ça tout va bien Madame La Marquise.

Je n'ai pas vraiment le choix donc je suis bien obligé de me supporter.

Sinon, je suis quand même d'assez bonne compagnie,

on a des discussions passionnantes sur à peu près tous les sujets

et on aime bien se faire une partie d'échec de temps en temps,

mais c'est toujours moi qui gagne!

En tout cas, j'ai fêté mes 39 ans comme il se devait

et heureusement que j'étais là sinon je me serais senti un peu seul.

Eh puis moi et moi-même n'étions pas de trop pour finir cette bonne bouteille de rouge!

sinon, le vent s'est levé  et la mer a grossi depuis hier.

et ce matin, j'ai pêché un beau Mahi Mahi!




lundi 13 mai 2013

J19, 12 mai 2013, 16H30 GMT. Du vent!!!


Vent: SSE force 6 ;  Cap: 210° ;  Vit.: 7 nds!;  Allure: LARGUE GV 2 ris, Génois 1/3 enroulé.

Je suis heureux de voir mes vœux exaucés!

Premièrement, hier, j’ai pêché une jolie petite Dorade coryfène de seulement 1,5 kgs, ce qui me fait un peu plus de 500g.... De filet! La dorade Coryfène appelée aussi Mahi Mahi est selon moi, le plus succulent de tous les poissons.


Deuxièmement, eh bien, je voulais du vent, j’en ai du vent!

Hier, je me réveille en plein milieu de la nuit, j’entends l’eau bouillonner le long de la coque tribord et les vagues taper sur bâbord. J’entends le gréement trembler, la barre gémir, les poulies grincer et l’éolienne qui commence à s’affoler…

Yapa n’est pas bien…

Je regarde mes instruments, 8 nœuds au compteur et un cap un peu trop au sud, le vent est trop fort, Yapa lofe.

Anémomètre 21, 22, 23 nœuds de vent par l’arrière! Avec ma vitesse, au largue, on peut dire que c’est plus de 25 nœuds de vent bien établi.

Il est grand temps de réduire la voilure!

J’enroule le génois d’un tiers, je le borde bien afin d’aller au près. L’écoute de GV choquée, je prends mes ris. Toutes mes prises de ris sont encore en pied de mat…
La nuit est noire, des paquets d’eau arrosent le pont. Eh bien ! Je peux vous dire que ce n’est pas un truc de tafioles d’aller prendre 2 ris en pied de mat dans ces conditions!
Mais quelle belle poussée d’adrénaline! J’adore ça!

Yapa a retrouvé son aisance sur la mer.

Je reprends mon cap et je rentre bouquiner un peu, le temps nécessaire pour calmer mon rythme cardiaque.

Je suis serein, avec 2 ris dans la GV et le Génois enroulé au tiers, il ne peut plus rien arriver.

Et c’est ainsi que je m’endors d’un sommeil profond.

Et je rêve, ainsi, tout seul au milieu du Pacifique.

Je rêve de Clarisse et de Marwan, je rêve de douceur et de chaleur.
 
Un drôle d’équilibre !
 
Je rêve de ma petite femme et de mon petit bonhomme.

Un rêve doux et tendre, aux couleurs chaudes, à la lumière diffuse un peu comme sur une vieille photo.

Alors que je suis tout seul au milieu du Pacifique, je rêve de chaleur et de famille.

Ce qui me fait penser, qu’au contraire, quand je suis en famille, je fais très souvent des rêves d’aventures où je me retrouve dans la peau d’un homme entre James Bond et Indiana Jones. Seul, je cours contre la montre sur des chemins labyrinthiques, parfois sous-terrain, ou en pleine nature, des chemins semés d’embûches. Je fais souvent des rêves d’aventure à la poursuite d’un trésor. Je suis poursuivi, je me cache ou je suis à la recherche d’indices, constamment sur le qui-vive;
Bref, de l’adrénaline pure!

Je me réveille le matin, quittant ce personnage qui lui-même doit bien aller dormir après avoir vécu tant d’aventures,

Et je me demande, « à quoi cet homme doit-il bien rêver? »

Eh bien, il doit certainement rêver de la chaleur d’une famille, d’un sourire de la femme qu’il aime, de son enfant qui lui saute au cou dans un lieu loin de tous dangers, loin de tout tracas.

Un lieu où il est encore possible de vivre sa vie sans constamment être harcelés.

Peut-être sur une île à l’autre bout du monde? …

Peut-être rêve-t-il de moi?

Peut-être rêve-t-il de ma vie, avec Clarisse et Marwan, sur notre voilier, dans les îles?…

Ainsi la boucle est bouclée et Rêves et Réalité se rencontrent…

Mais alors…

« Qui est en train de rêver de qui, là, maintenant?…»

À demain!








J20 13 Mai 2013 18H30 GMT




Vent:SSE force 6  Cap: 250°  Vit.: 6,5 nds!  Allure: GRAND LARGUE sous génois seul

Si le courage est d’oser faire ce dont on a envie,
bien que ça nous paraisse difficile,
Alors, oui, je suis courageux.
Mais comme dit si bien Sénèque:
"Ce n'est pas parce que les choses
sont difficiles que nous n'osons pas,
C’est parce que nous n'osons pas
qu'elles sont difficiles."





J21 14 Mai 2013 23H00 GMT



Vent:SE force 4  Cap: 240°  Vit.: 4,5 nds!  Allure: GRAND LARGUE sous génois seul
Pendant toute la journée le vent est redescendu à force 3-4 et ma vitesse à 4-5 nds;
Puis le vent est revenu de plus belle!
et puis plus rien...
L'allure à laquelle je suis, grand largue, sur cette grande houle océanique est accompagnée d'un roulis incessant,
Et va y que je te fais -10°bâbord, +10° tribord, +10°bâbord, -10° tribord...
C’est extrêmement inconfortable,
Ça me fait presque regretter le près!
La seule manière de rendre cette allure plus stable est de prendre de la vitesse.
Donc c'est ce que je fais, naviguant sous génois seul, grand ouvert.
Hier, La mer était grosse et belle, 3,5 à 4 mètres d'amplitude
Et le vent bien établi entre 20 et 25 nds
C'était une navigation assez sportive avec de beaux surfs!
aujourd'hui, je me fais chier...
En prévision de mon anniversaire demain,
je me suis fait 3 pains
un aux herbes ails et parmesan,
un aux olives
et un aux tomates séchées.
Et bien sûr, c'est aujourd'hui que le cardan de mon four se casse!
Mais ce n’est pas grave...
Monsieur répare-tout c'est moi!
Bref, aujourd'hui, ce n’est pas la grande forme...



dimanche 12 mai 2013

J18, 11 mai 2013, 19H00 GMT.


Vent: SSE force 4 ; Cap: 210° ;  Vit.: +7 nds!; Allure: LARGUE.

Youhouuuu !

Ça y est, on commence à grimper petit à petit dans l’Echelle Beaufort! Le vent est à force 4, et il est bien établi. La mer aussi devient plus grosse. La houle dépasse petit à petit les 3 mètres d’amplitude.

Quel plaisir de revoir Yapa prendre un petit peu de vitesse! Ce matin, pendant une heure, on a même fait du 8 nds de moyenne avec des pointes à 10!

Voilà qui m’a inspiré un petit poème…

Yapa, mon fidèle cheval blanc,
Toutes voiles dehors, au grand largue,
Ensemble, nous chevauchons les vagues,
Je suis le prince de l’Océan!

Je continuerai pendant quelques jours à faire route légèrement plus au sud où le vent est mieux établi.

Il est fascinant de constaté comment le chaos s’immisce petit à petit, de manière pernicieuse, dans notre vie, si on manque de vigilance. Comme pour les CD, par exemple. Au fur et à mesure qu’on les sort pour les remettre dans leur pochette, un petit décalage dans leur ordre s’installe. Au début, il n’y parait rien, et puis, au bout de 6 mois on se demande comment Norah Jones a pu atterrir entre la Traviata de Verdi et les méditations de Munir Bachir! Bref, j’ai passé quelques heures à reclasser une centaine de CD par genre et ordre alphabétique.
Je ne suis pas un maniaque de l’ordre et je sais très bien que d’ici quelques mois tout sera à refaire…
Mais tout de même, qu’est-ce que ça fait du bien, un peu d’ordre de temps en temps!

Sinon, hier j’ai finalement réussi à finir mon curry de thon!
Et pour me récompenser de ne rien avoir gaspillé, ce matin je me suis fait des œufs au bacon!

Ah oui! Je me suis aussi coupé les cheveux. Pas facile, tout seul, avec un petit miroir de poche, sur un bateau qui bouge! En tout cas, d’après ce que j’arrive à voir dans mon petit miroir… Je suis assez content du résultat! Attendons l’avis de Clarisse…

Voilà pour aujourd’hui,

À demain


vendredi 10 mai 2013

J17, 10 mai 2013, 16H30 GMT.


Vent: SSE force 3 ;  Cap: 220° ;  Vit.: 5,5 nds ;  Allure: TRAVERS.

Je n'ai parcouru que 120 milles nautique depuis hier et les jours précédents aussi...

C’est pourquoi, je décide d'aller plus au sud afin de trouver des vents plus forts.


J16, 9 mai 2013, 16H30 GMT.


Vent: SSE force 3 ;  Cap: 230° ; Vit.: 5,5 nds ; Allure: TRAVERS.

Un curry de thon!

On ne met pas de viande rouge dans le curry!

On ne boit pas de vin rouge avec du poisson!

On ne mélange pas le Vert avec le Jaune!

Au diable tous les préjugés!

Les préjugés sont construits sur de mauvaises expériences et sont transmis de génération en génération. On leur attribue souvent le caractère d’une Vérité.

Il serait bien évidemment idiot d’essayer de convaincre un vieux que ses préjugés sont faux!
Je l’entends encore rétorquer:
« si on dit ça de tout temps, c’est qu’il doit bien y avoir une raison! »

Mais comme l’indique l’étymologie même de ce mot, c’est un jugement anarchique et sans preuves, qui ne laisse aucune chance à la présomption d’innocence! 
Nos préjugés sont, avant tout, CULTURELS! Ou ne dénotent ils pas avant tout notre manque de culture.

Allez dire à une Indienne vêtue de son sari que le Jaune ne va pas avec le Vert!

Allez dire au producteur de Pinot noir, en Bourgogne, que son vin ne va pas avec le poisson!

Alors, ne venez surtout pas me dire que le thon rouge ne va pas avec mon curry de légumes! 

Il me restait encore presque 1kg de thon en ne gardant que les meilleurs morceaux!
Et puis il y avait quelques légumes et fruits qu’il fallait absolument que je mange avant qu’ils ne soient plus bons.

Ingrédients: Oignons, ail, carottes, pommes de terre, poivrons verts et rouges, pommes, tomates, lait de coco.

Épices: sel, poivre, paprika, curry, gingembre, miel et beurre de cacahuète, sans oublier quelques piments Habaneros! 

Eh bien laissez-moi vous dire, c’est un délice! Heureusement, parce que j’en ai fait pour 6!

Au moins, je n’aurai pas à me casser la tête pour savoir ce que je vais manger pendant les prochains jours…

Même si les recettes varient, ça fera presque une semaine que je me nourris exclusivement de thon!

Alors,
« Pitié, Dieu, faites que le prochain poisson que je pêche soit petit et surtout, que ce ne soit pas un thon! »


J15, 8 mai 2013, 22H00 GMT. Hallucinations auditives.


Vent: SSE force 3 ;  Cap: 230° ;  Vit.: 5 nds ; Allure: TRAVERS.

Aujourd’hui, quand je me suis réveillé, le soleil était déjà haut, sous un ciel bleu et une mer calme. J’ai dû dormir presque 12 heures d’affilées! Je n’ai été réveillé qu’une fois en pleine nuit. Vers 4 heures du mat, c’est en sursaut que je me suis levé,entendant très distinctement quelqu’un m’appeler par mon nom.

« Hicham! Hicham! »

J’ai ouvert les yeux. Tout était calme, trop calme…

Le bateau était presque statique, pas de roulis, pas de secousses...

Il n’y avait presque pas de bruit, je n’entendais pas le cliquetis des poulies, ni le tremblement léger du gréement, ni même une drisse qui tape contre le mât, aucun claquement de voile, aucun écoulement d’eau le long de la coque…

Rien…

Je suis donc sorti dans le cockpit voir ce qui se passait. Et c’est là que je vois, le génois à contre, et la Grande Voile «lâchée».

Les drosses du Régulateur s’étaient désunies de la barre, et Yapa c’est tout simplement mit tout seul à la cape!

La cape est effectivement une allure extrêmement confortable, où on se laisse dériver.
On l’utilise généralement par très gros temps afin de pouvoir se reposer.

Yapa a du sentir que j’avais besoin de sommeil… 

Quand à mes hallucinations auditives, c’est normal, au bout de 3 semaines en mer tout seul, ça arrive tout le temps. Là on pourrait croire que c’est mon inconscient qui m’a réveillé, sentant que quelque chose dans l’allure avait changé; mais la plupart du temps, je ne sais pas pourquoi.

J’entends souvent mon nom crié comme si quelqu’un m’appelait, ou le son d’une corne de brume alors qu‘il n‘y a pas un bateau à l‘horizon, ou d’un oiseau qui piaille alors que je suis à des milliers de milles de la prochaine terre et qu‘il n‘y a pas d‘oiseau, parfois le son d’une guitare, ou celui d’une voix… 

Mais ma plus belle hallucination auditive, fut pendant ma traversée de l’Atlantique. 
Un matin, je me réveille au son d’un concert de musique classique. Je me lève machinalement pour éteindre la radio, mais elle est éteinte.

Je regarde la VHF en pensant tout de suite que quelqu’un s’amuse à passer de la musique classique sur un des canaux, La VHF n'est pas allumée.

Puis je comprends que cette musique ne pouvait venir que d’un bateau naviguant à côté du mien, alors que je suis en plein milieu de l’Atlantique!

Je sors en trombe dans le cockpit pour voir à quelle distance il est de moi.

Et là je me retrouve seul, scrutant l’horizon de toute part, cherchant désespérément ce foutu bateau!

Mais il n’y a rien, absolument rien, je suis tout seul au milieu de la mer, avec cette musique que j’entends toujours, une symphonie, composée d’une dizaine d’instruments que je distingue parfaitement!

« Je ne suis pas fou, me dis-je, j’entends bien de la musique! »

Alors je redescends et me mets à la recherche frénétique de sa provenance. Un ordinateur resté allumé? Une radio portative que j’aurais oublié quelque part? Rien!

Je débranche même les hauts parleurs pensant que le display de la radio était cassé. Je dois bien vite me rendre à l’évidence, cette musique vient de l’extérieur…
Alors, je ressors dans le cockpit et décide de me laisser absorber par la musique afin de détecter d’où elle vient.

Et c’est là que je compris.

La musique se décomposa devant moi en chaque instrument correspondant à un son bien spécifique qui venait du bateau. Le clapotis de l’eau, les vibrations du gréement, le tapotement d’une drisse, le vent dans les haubans, le cliquetis d’une poulie sur le pont, le léger claquement d’une voile etc…

Tous ces petits sons distincts les uns des autres et pourtant en parfaite harmonie se fondaient pour créer ce concerto d’une étonnante beauté! Après avoir compris, non seulement je suis arrivé à décomposer la musique, mais aussi à la recomposer à partir de chaque son.

Ç’a été un moment magique dans ma vie, alors que j’ai cru un instant que je devenais fou, j’ai réalisé que j’étais en face d’un phénomène semblable à ce que les astrophysiciens nomment:  « le chant des sphères célestes ».

L’harmonie parfaite du bateau, du vent, du ciel et de la mer, s’est exprimée à travers cette symphonie. Ce moment a été comme une illumination pour moi; avoir eu le privilège d’être témoin de cet instant d’harmonie absolue restera à jamais un des moments les plus beaux de ma vie.


J14, 7 mai 2013, 20H00 GMT.


Vent: SSE force 3-4 ;  Cap: 240° ;  Vit.: 4,5 nds ;  Allure: Largue.

BILAN DE LA DEUXIEME SEMAINE:

- Performance: je n'utilise aucun pilote électrique, uniquement mon régulateur d'allure, un Ariès qui a 35 ans! Et il fonctionne à merveille. Il n'y a pas un jour qui passe sans que je m'extasie devant l'ingéniosité de cette machine! Même au grand largue, il ne fait que des écarts de route de +7, -7 degrés. 

- Casse: c'est plus de l'usure, tout le vaigrage de la cabine arrière s'est décollé. Heureusement, en prévision de cet incident, j'avais acheté, à Panama une colle adéquate. Par contre, elle est hyper toxique; donc il va falloir que je m'en occupe avant l'arrivée de Clarisse et de Marwan. De plus, une poulie de renvoie du spi a cassé au larges des Galapagos. 

- Bilan énergétique: toujours positif. Il m'arrive même de faire tourner le désalinisateur pendant des heures afin d'utiliser tout cet excès d'énergie. 

- Eau: j'ai tellement d'eau qu'hier j'ai pris une douche uniquement à l'eau douce! J’ai utilisé presque dix litres d'eau! J’avoue avoir eu quand même un peu mauvaise conscience... 

- Nourriture: je ne vais pas crever de faim; ça s'est sûr! Si seulement les poissons que je pêche étaient plus petits! Il me reste encore 3,5 kg de thon! 

- Moral: le moral est bon malgré un coup de déprime il y a deux jours. Ce n'est plus l'euphorie des premiers jours; je tombe un peu dans la routine. Cependant, la nuit, le ciel étoilé est d'une beauté époustouflante.     
     
- Bilan toxicologique: bon. Alcool et clopes ne me manquent pas du tout! 

Plus qu'à 2600 milles nautiques (~4800 km) des Marquises!

 À Demain





J13, 6 mai 2013, 13h30 GMT.


Vent: SE force 4 ;  Cap: 250° ;  Vit.: 5 nds ;  Allure: Grand Largue!

Finalement! Hier soir, le vent a commencé à tourner, travers toute la nuit et ce matin grand largue.

Le régulateur d'allure fait des S, ce qui ne rend pas non plus l'allure fort agréable, mais tout est mieux que le près!

Hier dans la nuit, j’ai passé l'Equateur! C’est la première fois de ma vie que je me trouve dans l'Hémisphère Sud!

J'ai toujours imaginé que ce serait un grand moment que je passerais, le regard fixé sur le GPS, un peu comme pour le nouvel an, regardant les dernières secondes de l'année défiler 5', 4', 3', 2', 1', 0°!!!!!!!!!!

En fait, je me suis réveillé la nuit pour faire mon tour d'horizon, par la même, j'ai vérifié cap, vitesse, allure et position et c'est là que j'ai réalisé que j'étais déjà passé de l'autre côté. Ça ne m'a pas fait plus d'effet que ça, alors je suis allé me coucher.

Alors qu'en Atlantique, je ramassais tous les matins des petits poissons volants échoués sur le pont pendant la nuit, dans le Pacifique ce sont des petits calamars que je récolte chaque matin. Aujourd'hui, pour mon 13ème jour de mer, 13 petits calamars!

Aujourd'hui le moral est meilleur, mais j'avoue qu'hier, pour la première fois, j'ai eu peur devant la perspective de passer encore 3 semaines tout seul en mer.

Il faut dire, que la première semaine en mer est toujours facile. Comme tout départ en voyage, l'excitation l'emporte sur les désagréments du quotidien. 

En tout cas, quelle chance que Clarisse et Marwan ne soient pas venu pour la traversée.

Il faut dire que la galère est bien plus supportable tout seul que quand on la fait subir à quelqu'un d'autre! 

A partir d'aujourd'hui, je passe en heure GMT ou UTC pour le journal de bord, étant donné que pendant ma traversée, je vais changer 4 fois de fuseau horaire, et que mon rythme de sommeil ne correspond plus vraiment au jour et à la nuit.

Aujourd’hui, honneur au thon, Sashimi et tartare poilé aller-retour! Il me reste des câpres et du gingembre; ça va être un délice!

 À demain!



J12, 5 mai 2013, 12H00 HL. Il y en a marre ....


Vent: SUD force 5 ;  Cap: 250° ;  Vit.: 6,5-7 nds ; Allure: près.

Depuis hier soir, encore du près, toujours du près!!!! Vous vous rappelez, cette boite penchée de 20° qui fait du rodéo?

Autant hier, j'étais d'humeur rigolarde, aujourd'hui je stagne. Je commence à en avoir ras le bol de cette allure. Voilà 12 jours que je suis parti et à part les deux premiers jours, j'ai l'impression de ne faire que ça!

J’en ai marre de me recevoir des paquets d'eau froide dans la gueule!

C’est quoi ce vent de SUD alors qu'il devrait être de SE!

Fait chier!

Faire la vaisselle, faire la bouffe, fileter le poisson etc... Chaque geste me demande tellement d'effort!

Heureusement pour me remonter le moral, j'ai pêché un beau petit thon rouge de 8 kg. Bon , ensuite il a fallu le fileter....




J11, 4 mai 2013, 13H00 HL. Les Galapagos.


Vent ?; Force 0 ; Cap : 250° ; Vit. : 5 Nds ; Allure : MOTEUR.

Je sais que beaucoup d'entre vous pensent: " Sacrilège! Passer à côté des Galapagos et ne pas s'arrêter!". Ce que vous ne savez pas, c'est qu'entre temps, c'est devenu un pôle d'attractions touristiques. Tout est réglementé, et tout coûte excessivement cher. D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que les Galapagos, bien que faisant partie de l'Equateur, ont choisi le Dollar américain pour devise! Six cents dollars pour pouvoir rester 2 semaines, avec l'interdiction de naviguer avec son propre bateau dans les îles. On ne peut pas mouiller où l'on veut. On doit laisser le bateau à l'ancre et prendre une 'panga' pour aller d'île en île. On ne peut même plus utiliser sa propre annexe pour aller à terre. Il faut prendre un 'taxi-boat' qui vient nous chercher sur notre bateau. Toute excursion coûte 100$, 500$ si on veut faire de la plongée. Il y en a bien qui ont tenté de simuler une panne afin de profiter des 72 heures d'hospitalité obligatoire pour tout navire en difficulté, ou ayant une avarie, afin de pouvoir faire les réparations nécessaires. Cependant, ces 10 dernières années, face à une croissance exponentielle d'avaries en tout genre sur les voiliers, les autorités ne se font plus avoir. Notamment, pour des raisons mystérieuses, tous les moteurs semblaient tomber en panne entre le Panama et les Galapagos. 

Aujourd’hui, les autorités maritimes envoient systématiquement les militaires à bord pour vérification. Si il s’avère que l’on a menti, une amende salée nous attend, puis nous sommes « gentiment » éconduits par les forces armées équatoriennes…


Fini le bon vieux temps où les Galapagos était une halte culinaire obligatoire pour tous les marins, où on pouvait déguster de la tortue, manger un ragoût d’iguane, une soupe d’ailerons de requins, ou tout simplement, une omelette d’œufs de pingouin… 

Attention, le programme qui suit est Interdit aux moins de 16 ans!

Comment entrer aux Galapagos, sans payer? Alors, il m’est venu une idée…

Puisque les Galapagos sont un sanctuaire pour les animaux en voie de disparition, pour toutes les excentricités génétiques de ce monde… Je décidai de m’inventer une nouvelle identité…

Tout d’abord, je me confectionnai un nouveau drapeau aux couleurs rasta vert, jaune, rouge, avec au centre deux os en forme de croix, un peu comme sur le drapeau pirate mais sans la tête.

Ensuite, je commençai tout d’abord à me peindre le visage, me dessinant un immense sourire effrayant autour de la bouche un peu à la façon des masques de théâtre japonais. Je trempai mes mains dans de l’encre et me fis des empreintes un peu partout sur tout le corps, notamment, de manière aussi symétrique que possible, une sur chaque fesse.
Puis je coupai un gros morceau de bambou de 70 centimètres de long approximativement, et me l’empalai sur le pénis avec une cordelette fixée au bout, et passée autour du cou, afin de le maintenir bien en érection.
Puis je me confectionnai un collier de peau de banane et un chapeau avec une queue d’ananas qui me restait et je m’inventai naturellement aussi un langage propre, principalement constitué d’onomatopées.

Et c’est ainsi que j’arrivai aux Galapagos, fier comme un paon, derrière ma barre à roue. Je jetai l’ancre dans une petite baie face au village d’Isla Isabella et toisai l’horizon à la recherche d’indigènes. Mais c’est sans tarder, que me vint par tribord, une navette militaire. Cinq hommes armés jusqu’aux dents et c’est là que je vis le capitaine habillé tout de blanc avec ses petites épaulettes dorées. Alors je lui fis grands signes des bras et des mains afin de l’inviter à bord et d’un  déhanchement évocateur, mon bambou dans la main, je l’invitai à goûter aux plaisirs des traditions de bienvenue de mon pays. Force est de constater que malgré mes efforts pour l’inviter à bord, il parut hésiter un moment. Mais devant la clameur des rires de ses soldats, il se rétracta. Quelle ne fut ma déception! Ils tournèrent un moment autour de mon bateau. Je me sentis pendant un instant comme une Star Illuminée par les flashs d’appareils photos, et je leur fis ma pose, tenant d’une main mon dard! C’est ainsi qu’ils revinrent vers moi et j’entendis le capitaine me dire «Dos dias y nada màs!». Alors, en signe de reconnaissance, je montai sur le pont et de bonheur, je leur fis ma danse.

C’est ainsi que je restai 2 mois. La population locale, d’un naturel étonnamment joyeux à mon contact toujours se fendant la poire m’accueillirent en grande pompe parmi eux. Certes je remarquai un léger recul chaque fois que je m’approchais de la gente féminine…
Mais à part ça, ils étaient gentils. Ils me laissèrent même arpenter la brousse armé de mon arc à flèche et de ma lance. Et bien des fois je leur rapportai le produit de ma chasse. Cependant,  il semble que la population locale préfère se nourrir de boites de métal…
Alors, force d’admettre que nos différences culturelles ne nous permettaient pas vraiment d’échanges réels. Je décidai de partir, fier comme un lion, à la conquête de nouveaux horizons.
 
Ce poème est dédicacé à Jérémy, mon beau-frère que j’aime tant.

mercredi 8 mai 2013

J10, 3 mai 2013, 15h00 HL. En route vers les Marquises.


Vent: SSE ; force 3 Cap: 260° ; Vit.: 6,5 nds ; Allure: grand largue, spi.

Aujourd’hui, petite journée tranquille.
Mer plate, petite brise, ciel bleu,
Alors j'envoie le spi,
Et je me laisse glisser

Les Galapagos sont à babord.
J'ai longtemps hésité,
Mais je continue ma route
Je n'ai pas envie de m'arrêter.

Encore trois semaines de mer.
Je préfère.

Je n'ai pas grand-chose à dire aujourd'hui,
Alors voilà une citation de Bouddha:

«L’enseignement est semblable à un radeau qui est fait pour traverser, mais non pour s’y attacher»


dimanche 5 mai 2013

J9, 2 mai 2013, 09h00 HL. Journée type du marin.


Vent: SSE force 5-6 ;  Cap: 230° ; Vit.: 5,5 nds ; Allure: près 2 ris.

Six jours de près jour et nuit, ça commence à bien faire! Plus que deux jours avant de retrouver les alizés!

Beaucoup de gens me demande à quoi je passe mes journées en mer. Les "non-initiés" ont souvent une idée très romantique de ce qu'est la navigation: "bikini au soleil, dauphins, pêche, coucher de soleil etc...", mais il ne voit pas que c'est aussi une vie de privations et d'un inconfort permanent! Particulièrement au près! 

Ce qu’il ne faut pas sous-estimer, c’est que chaque petit geste quotidien est rendu plus compliqué sur un bateau en mouvement, qui gîte, ou qui roule.

Pour vous donner un exemple, se faire un café:

Il faut tout d’abord s’imaginer être confiné dans un tout petit espace en mouvement, penché de 20°-25° sur le côté et bougeant frénétiquement de l’avant à l’arrière, un peu comme un cheval de rodéo. Vous vous imaginez être à l’intérieur de cette boite?

D’abord, il faut bien caler ses pieds et son corps afin de garder son équilibre. On remplit l’eau en essayant de ne pas en renverser à chaque secousse. Ensuite il faut attraper le café situé dans un placard. Il faut bien calculer son moment et ouvrir le placard quand il se trouve le plus horizontal possible, attraper le café et vite refermer avant que tout le contenu du placard ne se barre. Ensuite, il faut doser le café avec une cuillère en faisant attention de ne pas en renverser à chaque secousse. Il faut replacer le café dans le placard à nouveau en faisant attention que son contenu ne se déverse sur vous…

On pose la cafetière sur la gazinière fixée sur cardan afin qu’elle reste toujours horizontale quels que soient les mouvements du bateau. Généralement, ça suffit pour que la cafetière ne se casse pas la gueule, mais par mer plus forte, il existe des bras que l’on peut fixer autour de la cafetière afin de la maintenir en place.

Une fois le café prêt vient le moment délicat. Il ne faut pas oublier, qu’on est fixe, calé avec nos pieds, dans un bateau qui bouge et on veut verser un liquide brûlant dans une tasse tout en sachant que le liquide a sa propre dynamique et ne suit pas les mouvements du bateau…
Bonne chance!

Ah oui, j‘oubliais! Pour le sucre c’est encore la même histoire que pour le café dans le placard sauf que là il faut en plus pouvoir caler la tasse et être sûr qu’elle ne tombera pas pendant le temps qu’on cherche ou remet le sucre dans le placard!

Ce n’est pas fini! Maintenant, on a une tasse brûlante dans une main et avec l’autre on s’agrippe au bateau en s’efforçant de ne pas tomber tout en essayant de ne pas renverser le café brûlant! D’un pas hésitant, on trouve sa place et il n’y a plus qu’à s’assoir, bien se caler et déguster son café.

Bien sûr, avec l’expérience les gestes deviennent plus faciles, plus fluides, on apprend à fléchir des genoux, à suivre la danse de la mer, mais chaque petit geste du quotidien nécessite toujours une concentration absolu.

 Alors, maintenant que vous avez l'image de la petite boite penchée de 20° et faisant du rodéo, voilà une journée type: 

06H30 lever. Tour d’horizon pour voir s’il n’y a pas d’autres bateaux dans les parages. Café, j’aime bien boire mon café en regardant le soleil se lever. Et je lâche une ligne de pêche si j’ai envie de poisson.

07H00 petit déjeuner. 2 oranges pressées et soit cornflakes (avec du lait en poudre), soit barre céréales, soit porridge et les grands jours, œufs au bacon!

07H30 point sur ma position, cap, météo et stratégie à suivre pour la journée. Tour de contrôle du bateau afin de vérifier qu’il n’y ait pas de points d’usure et si les voiles sont bien réglées. Vérification des fonds de cale.

08H00 blog, mail, écriture.

10H30 préparation déjeuner: aujourd’hui: spaghetti au poulet, champignons et crème fraiche.

11H00 miam, miam

11H30 lecture

12H30 sieste

13H30 bricolage, il y a toujours un truc à réparer ou améliorer.

14H30 nettoyage soit du bateau, du linge soit de moi-même.

15H30 goûter. Généralement un café ou un jus avec barre de chocolat

16H00 je filète le poisson attrapé dans la journée ou alors je rêvasse

17H00 préparation dîner. Aujourd’hui wok de légumes avec poisson pané de la veille.

17H30 miam, miam

18H00 vaisselle de la journée

18H30 je regarde le coucher de soleil

19H00 je refais le point sur ma position, cap, météo et stratégie à suivre pour la nuit.

19H30 film ou lecture 

21H00 au plus tard, Dodo

Et là, je me réveille approximativement toutes les deux heures ou lorsque je perçois un changement de cap, de mer ou d’allure pour faire un petit tour d’horizon. Bien sûr le bateau est sur pilote automatique et continue sa route. J’ai bien des alarmes au cas où mon bateau détecte un autre navire dans le coin avec qui je serais en route de collision mais je ne l'ai jamais entendu jusqu'ici! Après tout je suis en plein milieu de l'océan; quelle sont les chances ne serait-ce que de rencontrer un autre bateau?

Généralement entre 3 et 4 heures je lis.

Bien sûr la journée est ponctuée de tour d’horizon, de petits réglages de voiles mais surtout de rêveries…

À demain